Une nouvelle race d'étoiles vient de faire son entrée dans le bestiaire céleste. Dotées d'un champ magnétique d'une puissance prodigieuse, les magnetars émettent de temps à autre des bouffées d'énergie si violentes qu'elles peuvent perturber l'atmosphère terrestre.
Le 27 août 1998 s'annonçait comme un jour ordinaire. Pourtant, peu avant l'aube, notre planète allait connaître un événement qui devait bouleverser notre compréhension de certaines étoiles de la Galaxie et confirmer l'existence d'une nouvelle catégorie de monstres stellaires. Ce jour-là, la plus intense bouffée de rayons X et gamma cosmiques jamais observée atteignait la haute atmosphère terrestre au terme d'un voyage de 20 000 ans. Les astronomes en mesurèrent immédiatement l'effet dans l'ionosphère, cette couche atmosphérique qui commence à 80 km d'altitude et où, àchaque retour du jour, les atomes perdent leurs électrons sous l'effet du rayonnement solaire. C'est cet effet diurne que les astronomes virent se produire à la verticale du Pacifique, alors que la nuit était encore noire. Comme chassée par un gigantesque coup de balai, l'ionosphère perdit subitement, et pour quelques minutes, 20 km d'altitude. Quant aux satellites dotés de détecteurs X en orbite autour de la planète, ils enregistrèrent le phénomène avec, en prime, une saturation de leurs systèmes électroniques. Jamais un événement cosmique n'avait ainsi imprimé sa marque dans l'environnement proche de la Terre. L'alarme générale donnée par les satellites permit aux astronomes d'identifier très vite la source de ce violent déferlement d'énergie, et du même coup de se convaincre qu'ils étaient en présence d'une connaissance de presque 20 ans. En effet, la coupable n'était autre que SGR 1900+14, une étoile de la constellation de l'Aigle qui émet de façon répétirive des bouffées de rayons gamma et X, d'où son nom de Soft Gamma Repeater, ou SGR. Les astres de ce type sont très rares. Les astronomes en connaissent quatre, dont trois dans la Voie lactée et un dans le Grand Nuage de Magellan. Enfouies dans la poussière et le gaz qui encombrent le disque de la Galaxie, ces
sources ne se laissent pas facilement surprendre. Seul leur rayonnement X peut traverser cette poussière et voyager des dizaines de milliers d'années-lumière pour atteindre la Terre. Elles ne se manifestent par ailleurs que rarement, de l'ordre de dix fois en dix ans et pour quelques dixièmes de seconde à chaque fois.
C'est au coeur des Supernovae les plus récentes que l'on a le plus de chance de trouver une magnetar. Dans le cas de SN 1987A, dans le Grand Nuage de Magellan, au centre de l'image, la chasse est ouverte depuis plus de dix ans.